Deux ans après son Bang Gang qui n’a pas laissé indifférent, Eva Husson voit son deuxième film sélectionné en compétition au Festival de Cannes. Les Filles du soleil suit le bataillon du même nom mené par Bahar au Kurdistan, en lutte contre les forces de Daesh. Une journaliste, Mathilde, les rejoint pour couvrir l’offensive qu’elles s’apprêtent à mener. C’est là un grand défi que s’est lancé la réalisatrice en prenant à bras le corps cette histoire ô combien importante relatant le courage et la détermination de ce groupe de femmes dans un conflit dur. Pour ceci, Eva Husson a décidé de personnaliser les événements en se focalisant plus précisément sur les deux protagonistes que sont la chef de bataillon et la journaliste, quitte à laisser le reste du groupe de combattantes plus en retrait. Il s’agit là d’un choix totalement assumé et une volonté de recourir à l’emphase à travers les parcours tumultueux de celles-ci. Eva Husson, pour raconter son histoire, a recours à un montage fait de nombreux flash-backs qui peuvent donner un aspect un peu scolaire au film. Mais ce procédé reste effectif pour évoquer simultanément ce qui a mené Bahar a prendre les armes et la mission exécutée sur la période relatée. La réalisatrice prend son temps, peut-être parfois un peu trop, pour exposer ses événements mais parvient par là à conférer à son film un efficace aspect factuel sans en rajouter outre mesure dans le fond du propos. En faisant ce choix, elle y perd par contre en terme d’impact émotionnel qui aurait pu être supérieur avec un tel sujet. Mais il y a une chose qui fait grandement plaisir à voir dans Les Filles du soleil, c’est qu’Eva Husson fait preuve d’une vraie ambition esthétique et d’une envie débordante de faire du beau cinéma sur le plan formel. Elle livre de nombreux plans léchés qui donnent un véritable cachet à l’ensemble et profite de la belle photographie de Mattias Troelstrup. Elle emploie également souvent le travelling pour rester en mouvement et suivre ses combattantes lors de leur avancée. Golshifteh Farahani, dont le personnage est un condensé de plusieurs témoignages recueillis par la réalisatrice, effectue sa prestation avec une retenue remarquable matérialisant la colère sourde régnant dans le cœur de ces femmes extraordinaires. Emmanuelle Bercot est plus en retrait, comme son personnage, mais cela se justifie pleinement par sa fonction de journaliste, étant là comme le témoin des événements, tel qu’elle le confesse elle-même. Si Les Filles du soleil n’est pas un film parfait, il reste un bon témoignage et rappel des faits pour montrer que ces femmes se sont soulevés contre la barbarie. Il rend également un hommage sincère au métier difficile et parfois frustrant de reporter de guerre, symbolisé dans un dialogue cité par Mathilde : « Tout le monde s’en fout de ce qui se passe ici, les gens veulent du beau et du brillant ».

7/10

http://planete-cine.com/wp-content/uploads/2018/05/les-filles-du-soleil-1024x588.jpghttp://planete-cine.com/wp-content/uploads/2018/05/les-filles-du-soleil-300x300.jpgCyril PerraudatCritiquesFestival de Cannes 2018
Deux ans après son Bang Gang qui n'a pas laissé indifférent, Eva Husson voit son deuxième film sélectionné en compétition au Festival de Cannes. Les Filles du soleil suit le bataillon du même nom mené par Bahar au Kurdistan, en lutte contre les forces de Daesh. Une journaliste, Mathilde,...
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