Cela fait déjà 16 ans que Gaspar Noé a secoué le Festival de Cannes avec Irréversible, en compétition. En 2018, il revient via La Quinzaine des Réalisateurs avec son nouveau bébé nommé Climax, « film français et fier de l’être » tel qu’il le clame lui-même. Il investi ici le domaine de la danse en mettant à l’écran une troupe qui répète un nouveau spectacle avant de faire la fête. Jusqu’au moment où les choses vont prendre une tournure inattendue. D’un fait divers survenu au milieu des années 90, Gaspar Noé fait un huis clos, lumineux et festif dans sa première partie, halluciné et vertigineux dans la deuxième. Il nous livre ses principales et multiples références dès l’introduction du film où chaque danseur se présente sur une télé en 4/3 entourée de livres et d’anciennes VHS aux titres bien visibles. Le réalisateur célèbre ici à sa façon la vie faite de ses moments de joie et de perdition à travers un procédé narratif simple mais efficace afin d’opérer son basculement vers le bad trip incontrôlable que vont subir ses protagonistes. Pour mettre en image ce bad trip, il choisi de ne pas représenter l’état altéré de ses protagonistes via des effets visuels ostentatoires mais opère un point de vue extérieur pour laisser s’exprimer les corps fous de ces danseurs en transe. Il livre pour cela des plans séquences d’une virtuosité et d’une maîtrise épatante qui donnent vie à cette folie soudaine qui envahit les lieux. On peut voir en Climax une déclaration d’amour à la danse, une distraction qui l’a « toujours rendu particulièrement heureux » dit-il. Il faut le voir laisser s’exprimer et se contorsionner ces corps, autant dans la partie festive que dans la cauchemardesque. Chacun d’entre eux opère de véritables ballets possédés leur conférant par moment un aspect des plus zombiesque. Parmi son casting de danseurs qui s’avèrent tous excellents, Gaspar Noé a choisi de mettre devant sa caméra une actrice qui a déjà fait son chemin. Il a jeté son dévolu sur une femme qui le fascine de son propre aveu : Sofia Boutella, habituée des films hollywoodiens (Star Trek Sans Limites, La Momie, Atomic Blonde), qui offre sublimement son physique félin à la chorégraphe de la troupe. C’est elle qui lui conseilla d’engager la chorégraphe, réelle celle-ci, Nina McNeely pour orchestrer les beaux mouvements présents dans le film. Gaspar Noé profite de ce Climax pour livrer une bande son électro avec les meilleurs artistes de l’époque afin de créer efficacement un « état émotionnel familier » selon ses propres mots. Tous les amoureux du genre verront leurs oreilles se délecter d’écouter du Daft Punk, Chris Carter, Aphex Twin et autres Lil Louis… Foisonnant, son film évoque aussi l’état d’une France désagrégée ou le fameux « vivre ensemble » a bien du mal à exister. Il n’y a qu’a voir cette troupe, faite de profils venant de divers horizons et origines, s’échanger des mots pas toujours reluisants sur leurs petits camarades dans cette salle où est étendu un énorme drapeau tricolore. Climax offre un condensé des joies et des peurs de son metteur en scène qui a plus à dire que d’étaler un savoir faire technique et cela même quand son histoire peut paraître de prime abord très simple. C’est ce qui fait la force d’un cinéaste intelligent qui sait raconter de nouvelles choses sous un apparat semblant coutumier.

8/10

http://planete-cine.com/wp-content/uploads/2018/05/climax.jpghttp://planete-cine.com/wp-content/uploads/2018/05/climax-300x300.jpgCyril PerraudatCritiquesFestival de Cannes 2018
Cela fait déjà 16 ans que Gaspar Noé a secoué le Festival de Cannes avec Irréversible, en compétition. En 2018, il revient via La Quinzaine des Réalisateurs avec son nouveau bébé nommé Climax, « film français et fier de l'être » tel qu'il le clame lui-même. Il investi ici le domaine...
Partagez !