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[Critique] Justice League

Un film réalisé par Zack Snyder/Joss Whedon. Avec Ben Affleck, Gal Gadot, Jason Momoa, Ezra Miller, Ray Fisher, J.K Simmons et Henry Cavill. Date de sortie en salle : 15 novembre 2017.

Alors que les films Marvel frappent de leur tonnerre assourdissant, nous rapprochant lentement mais sûrement de son apogée avec l’arrivée de Thanos, et donc d’Avengers : Infinity War au mois de mai 2018, DC se contente des maigres miettes laissées sur son passage pour construire son propre univers cinématographique sans trop savoir sur quel pied danser entre chercher sa propre voie, ou bien reprendre les codes déjà existants… Sans avoir vraiment préparé le terrain avec justesse et minutie, mais plutôt à toute hâte pour revenir dans la partie ; c’est ainsi que Justice League parvient dans les salles obscures avec pour but de réunir les héros DC et nous en mettre plein la vue.
 
Justice League suit directement les événements de Batman v Superman. Suite à la mort de Superman, la Terre se retrouve sans plus aucune protection. Une menace grandissante venue des confins de l’espace se prépare à envahir le monde afin de le réduire à néant. Steppenwolf rassemble une armée pour retrouver les boites mères (ou mother-boxes). Les réunir créera l’unité, une force destructrice colossale que personne ne peut arrêter. En connaissance de cette menace, Bruce Wayne/Batman, avec l’aide de Diana Prince/Wonder Woman, se voit dans l’obligation de réunir une équipe d’êtres incroyables qui pourront stopper la fin du monde.

Justice League est intéressant par bien des aspects, et sa critique le sera d’autant plus… Car le film est objectivement aussi bon, qu’il peut être mauvais. En tant que fan et admirateur d’univers cinématographique super-héroique, il ne sera pas étonnant de dire que Justice League remplit son cahier des charges. Mais pourtant, il laisse tout au long de sa durée une sensation amère qui laisse le spectateur sur sa faim, mais aussi le laisse sur le banc de touche sans jamais vraiment l’attirer dans son univers.
 
Commençons donc par les points négatifs du films. Le premier élu sur la liste sera le scénario. L’histoire de Justice League en elle-même est bonne, voire très intéressante. Mais la construction de celle-ci se voit gâchée par des coupures, des raccourcis brutaux qui font que le film se voit simplement haché et brisé, donnant une sensation de non-finition. Le montage devient le premier acteur à être affecté par ces soucis de constructions. Ce qui fait qu’en tant que spectateur, nous ne parvenons pas à pleinement entrer dans l’histoire, mais plutôt contempler chacune des scènes qui se succèdent pourtant sans incohérences jusqu’au climax.
 

 
Le deuxième point noir est sa déconstruction. Que faut-il comprendre par là ? Tout simplement que Justice League déconstruit un à un chacun des points qui faisait l’identité propre à l’univers naissant du DCEU. Certes, beaucoup reprochait à ces films d’être trop sombres, trop sérieux, et bien d’autres choses… Mais c’est ce qui rendait ces films uniques, et pleins de sens en comparaison de Marvel. Ainsi nous retrouvons un Justice League lumineux, doté d’un humour – il faut l’admettre – juste, d’un côté léger et « fun ». En soi, oui, cela ne pourrait pas être considéré comme un point négatif ; et pourtant c’en est un… car il dénature complètement les personnages de DC et crée un décalage assez étonnant entre ce qui est montré et ce qui est dit.
 
Le troisième point noir est (en rapport à ce qui a été dit) la perte de sens des personnages dans leur univers. DC admet les critiques et se plie aux volontés des spectateurs en se conformant à ce que Marvel fait, sans voir les conséquences. Là où Man of Steel montrait un Superman humain, pleins d’émotions, dur, sombre ; là où BvS montrait des héros torturés, montrait que les actes ont des répercussions, que d’être un héros ne se résume pas à simplement sauver le monde en fracassant tout sur son passage, qui montrait la mort de Superman d’une façon magnifique… Justice League oublie ces fondamentaux en les prenant à contre-pieds et délivre des héros plus simple, moins torturés… Finalement heureux d’être ce qu’ils sont et partent chasser le méchant, le sourire aux lèvres.
 
Le dernier point négatif, les musiques du film. Alors oui, Danny Elfman est un excellent compositeur et d’entendre les thèmes musicaux originaux de Batman et Superman fera battre le cœur du fan qui sommeille en nous, mais pour être tout à fait franc, ceux-ci ne s’intègre pas du tout à l’univers des films récents ; et plus globalement, les musiques symphoniques de Danny Elfman ne correspondent pas au film. Un autre exemple du décalage créé par DC entre ce qui veut être dit et montré.
 
 
Évidemment, Justice League est doté de nombreux points forts qui rendent le film tout aussi agréable à visionner, et à apprécier. Le plus gros point fort réside en ses personnages. Même si certains se sont vus changés avec leurs versions dans les précédents films, ils restent tous particulièrement bien travaillés et font la force du film par leurs relations. Wonder Woman est fabuleuse, tout autant que le reste des Amazones (donnant des scènes incroyables). Batman est le personnage le plus mis en avant dans le film et celui dont le changement est peut-être le plus radical… Mais étonnamment, Ben Affleck interprète bien le personnage et les scènes offertes par le film rendent hommage à ce personnage avec des cascades bien pensées. Les trois nouveaux arrivants que sont Aquaman, Cyborg et Flash sont introduits de façon un peu rapide et brute certes, mais leur caractère unique et fort font d’eux des personnages attachants dès leur apparition. Il sera à noter néanmoins que Cyborg reste le personnage le plus en retrait et le moins attachant hélas. L’interprétation viril et rock’n’roll de Jason Momoa en Aquaman était risquée mais fonctionne plutôt bien – nous sommes curieux de voir le résultat de son film solo. Du côté négatif, la déception vient du personnage de Superman qui est le plus en décalage avec ce qu’il était. Sa résurrection tourne presque à l’absurde/ridicule, rendant sa mort négligeable, tout en faisant perdre toute son ampleur. Ses lignes de dialogues sont hélas peu travaillées et ses blagues durant les scènes d’actions mal choisies.
 
Il sera à noter que le personnage tout en CGI de Steppenwolf est fort intéressant. Il est même regrettable qu’il soit si peu présent à l’écran car il possède un fort potentiel, tant visuellement, qu’au niveau du background.
 
Le dernier point positif est très certainement les effets spéciaux. Le film offre en effet de fabuleuses scènes mettant en avant toute la Justice League en action. Ce qui vient de ce fait contre-balancer le manque de structure dans le montage et la narration. Il ne sera pas à préciser qu’il vous faudra rester jusqu’au bout du générique pour profiter des fameuses scènes post-génériques comme Marvel sait déjà si bien le faire…

Justice League est un film inégal. Aussi bon dans sa globalité que décevant, le film contient d’excellents éléments en les mélangeant à de mauvaises choses. Car oui, Justice League n’alterne pas entre le bon et le mauvais ; il propose au cœur d’une même scène les deux opposées, ce qui laisse le spectateur songeur. Vous ressortirez du film probablement dubitatif et hésitant sur votre jugement critique. Vous serez maître de votre conclusion finale dans la balance entre les bons éléments et les mauvais. Ce qui est certain, c’est que le film ne vous laissera pas dans un entre-deux.

6/10

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