Chair de Poule

Un film réalisé par Jordan Vogt-Roberts. Avec John Goodman, Samuel L.Jackson, Tom Hiddleston, Brie Larson et John C.Reilly. Date de sortie en salle : 08 mars 2017.

Perdus désormais dans une masse de films hollywoodiens où chaque studio veut créer son propre univers connecté (entre Marvel, DC et Universal), Warner Bros. met les bouchées double pour forger le Monster-verse. Comme son nom l’indique, un univers où les monstres règnent sur la Terre. Ici pas de super-héros à proprement parlé, puisque les monstres eux-mêmes sont les « sauveurs » (en faisant le plus de destruction au passage évidemment). Kong : Skull Island est donc le deuxième film de cet univers fantastique, servant de préquelle au Godzilla sorti en 2014. Kong est-il toujours le roi ?

Dans Kong : Skull Island, nous suivons à nouveau la société Monarch, cette fois-ci en 1973, qui est à la recherche de mysticisme et de monstres géants évoqués dans les anciennes légendes. Alors que ce projet Monarch est considéré par le gouvernement comme inutile, Hank Marlow parvient à les convaincre d’une expédition rapide afin de faire la topographie d’une île inconnue, perdue dans une tempête continue. Une fois arrivée sur l’île, l’équipe de soldats, censée les escorter, fera face à un gorille géant de près de 40 mètres de haut. Leurs hélicoptères anéantis, ils devront trouver un moyen de quitter l’île au plus vite pour prouver l’existence des monstres. Mais la clé de leur survie est peut-être de croire en Kong.

N’y allons pas par quatre chemins, Kong : Skull Island n’a plus rien à voir avec l’histoire original de King Kong sorti en 1933 ou du remake de 2005. Donc adieu l’époque avant-guerre de 1933, les costumes d’époques, adieu les dinosaures et le design d’une île fantastique perdue dans les âges. Ici nous nous retrouvons en 1973, à la fin de la guerre du Vietnam. Ambiance qui changera drastiquement avec l’époque précitée.

Il y a tant de différences entre les deux films qu’une comparaison serait absolument inutile, car le seul personnage commun est Kong (et encore, lui-même change beaucoup). Mais néanmoins, là où le King Kong original se voulait passionné, avec un véritable fil conducteur, une narration poussée, des personnages attachants (incluant un gorille géant), véhiculant de nombreuses émotions par l’image et les relations, Kong : Skull Island fait là aussi l’exact opposé…

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 Le scénario de Kong : Skull Island n’est en réalité qu’une introduction au Monster-verse, au point d’oublier tous les « détails » qui forgent un scénario. Sans aucune exagération, le but principal du film est d’aller sur l’île, et une fois arrivée (juste après avoir posé le pied sur terre !) de repartir. Et ne cherchez pas de profondeur à l’histoire, puisque rien d’autre n’est développé, aucun véritable thème sous-jacent n’est à soulever (excepté la profonde peine d’avoir abandonné le conflit au Vietnam). Ne cherchez pas non plus une quelconque profondeur aux personnages puisqu’ils ne seront traités qu’en surface sans jamais en faire des rôles clés du récit. Ils ne sont présents qu’en tant que figuration pour assister à la puissance de Kong contre les méchants monstres. Il y a le mercenaire doté d’une conscience qui doit sauver tout le monde, le méchant colonel qui veut détruire le monstre en guise de vengeance contre les Vietnamiens (car on n’abandonne pas un conflit pardi !), la jeune femme photographe de guerre forte qui montre la supériorité féminine, et tous les autres servent de bétails pour les monstres.

De ce fait, la trame narrative est si inexistante et peu intéressante que les moments sans actions deviennent des longueurs pesantes qui auraient pu servir le récit, mais ici ne servent qu’à perdre le spectateur en cours de route. Pour résumer l’histoire de Kong : c’est plat, vide et sans vie.

Fort heureusement, Kong : Skull Island ne se résume pas qu’à son scénario triste. Là où nombreuses étaient les personnes à critiquer Godzilla pour son manque d’action avec les monstres, vous serez servis. Warner Bros. a écouté l’envie des spectateurs, et l’ont réalisé à la lettre. Dès les premières minutes vous verrez Kong, s’en suivra de nombreux combats tout au long du film où l’on verra clairement et distinctement le chaos provoqué. Les scènes d’actions sont évidemment spectaculaires. Voir de gros monstres se battre dans des arènes où ils peuvent laisser libre cours à leur puissance de destruction massive est toujours jouissif. Cependant, la présence des bêtes à l’image donne aux effets spéciaux une esthétique moins bonne, comparée à Godzilla (lequel est bien mieux modélisé que Kong). Et même si l’action est plus lisible et nombreuse que dans Godzilla, le parti pris de Gareth Edwards, à savoir de montrer les combats à échelle humaine, et mettre l’Homme au premier plan de son récit, donne un résultat plus intéressant.

Jordan Vogt-Roberts use ses talents de réalisateurs pour offrir une galerie de visuels magnifique. Chaque plan est travaillé, les couleurs orangées rappelant Apocalypse Now se mêlent bien à l’univers ; et un détail qui pourrait paraître anodin, mais donne de la profondeur aux cadres, est la position et les postures des personnages tout du long.

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Parlons brièvement des acteurs. Malgré le casting prestigieux du film, la prestation de chacun ne dépassera pas l’ambition de leurs personnages, qui est déjà pas très élevée. Donc aucune folie de leur part, ils n’apporteront aucune émotion et aucun attachement. À tel point que vous en oublierez les noms dès l’apparition du générique.

Henry Jackman est loin d’être au sommet de sa forme, puisque sa musique orchestrale ne servira que de ligne conductrice aux combats et n’aidera pas à forcer les émotions inexistantes. Une variété de musiques rock appuiera l’effet « cool » du film (puisque c’est à la mode), mais à l’exception d’une ou deux bien intégrées, le reste n’était pas utile.

Suite aux multiples critiques à l’égard de Godzilla, considéré comme trop mou et sans actions, Warner Bros. et Legendary acceptent de faire l’opposé avec Kong : Skull Island. Un film où l’action est omniprésente et les monstres au centre du récit. Le résultat ? Une œuvre bien plus nerveuse certes, mais où tout le reste passe au second plan. Un jeu d’acteur moyen dû à une écriture fade, un scénario plat, sans âme, qui ne nous fera plonger dans le récit uniquement pour les batailles. Hélas, cela ne sera pas suffisant pour nous détourner de ses problèmes. Un divertissement presque agréable s’il n’avait pas été que pensé pour ses effets visuels. Pour conclure, Kong : Skull Island n’est qu’une grosse introduction vide du Monster-verse, simplement saupoudrée par quelques jolis plans et des explosions pour contenter le spectateur. On ne remerciera pas Hollywood pour reprendre et dénaturer des monuments du cinéma.

5/10

 

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Un film réalisé par Jordan Vogt-Roberts. Avec John Goodman, Samuel L.Jackson, Tom Hiddleston, Brie Larson et John C.Reilly. Date de sortie en salle : 08 mars 2017.Perdus désormais dans une masse de films hollywoodiens où chaque studio veut créer son propre univers connecté (entre Marvel, DC et Universal), Warner Bros....
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