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[Critique] Quelques Minutes Après Minuit : un récit initiatique triste et poignant

Chair de Poule

Un film réalisé par Juan Antonio Bayona. Avec Sigourney Weaver, Felicity Jones, Lewis MacDougall, Toby Kebell, Liam Neeson. Date de sortie en salle : 4 Janvier 2017.

Quelques Minutes Après Minuit est l’adaptation du livre du même nom écrit par Patrick Ness paru en 2013. Juan Antonio Bayona s’est décidé à porter ce titre de la littérature jeunesse/imaginale sur grand écran après être passé par le cinéma d’horreur et le film réaliste. Avec une équipe essentiellement espagnole, de la production à la composition des musiques, le film se veut être comme une grosse production malgré les apparences… Qu’en est-il ?

Précisons que la comparaison entre le film et le livre ne sera pas faite dans cette critique, car une œuvre, quelle qu’elle soit, lorsqu’elle est transposée d’un art à un autre, devient une nouvelle œuvre à part entière de l’originale. Mais aussi plus simplement car la lecture du roman n’a pas été faite.

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Donc, Quelques Minutes Après Minuit (ou A Monster Calls en V.O) suit l’histoire d’un adolescent nommé Connor ; lequel vit dans une ville reculée, éloignée de la technologie. Alors qu’il ne cesse de se faire intimider à l’école pour sa différence, il confronte au quotidien la maladie de sa mère qui se meurt d’un cancer que les médecins essaient tant bien que mal à soigner, ainsi que le comportement intransigeant de sa grand-mère. C’est à ce moment qu’un monstre, représenté par un arbre, propose de lui raconter trois histoires pour que le jeune Connor puisse raconter la sienne en retour, et se libérer de ses cauchemars…

Quelques Minutes Après Minuit est un film qui parle de relations, et d’initiation dans la vie d’un adolescent. L’introduction le dit clairement « Connor est trop vieux pour être un enfant, et trop jeune pour être un homme ». Le personnage est dans cet entre deux où l’on ne sait pas quelles décisions prendre sans regretter et assumer ses actes.

Il pourrait être comparé à ce genre d’histoires mettant en avant une relation d’amitié entre deux personnages bien distincts, tel E.T, le BGG, etc. Mais ici, il n’en est rien. La relation entre le monstre et Connor n’est pas amicale, plutôt obligatoire. Là où les autres rencontres se font de manière inopinée, celle-ci ce fait par obligation. Le monstre a pour but d’aider Connor dans son quotidien.

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Et J.A Bayona structure son œuvre entre les scènes de jour qui montre l’évolution du personnage, de la maladie de sa mère, des relations qu’il entretient avec sa Grand-mère, son père et ses camarades de classes ; alternées avec les scènes de nuit qui nous expose les histoires fantastiques du monstre. Cette volonté donne une sensation de découpage un peu brut dans la première partie de l’oeuvre, plus fluide dans la seconde moitié.

Hélas, tout comme la citation évoquée au début du récit, Quelques Minutes Après Minuit aura du mal à trouver son public à cause de son histoire se situant dans un entre deux. À l’inverse d’un E.T, ou d’un BGG qui se veut très fantastique, visant clairement un public enfant pour faire rêver, Quelques Minutes Après Minuit ne peut cibler un tel public dû à son récit initiatique plus mature, usant de l’imaginaire de Connor pour le faire grandir. Mais cela en fait-il un film mauvais ? Non, bien au contraire.

Le film, malgré son caractère « indépendant » nous dirons, se veut extrêmement pointilleux sur sa réalisation. En effet, Quelques Minutes Après Minuit est une véritable réussite sur le plan visuel avec une gamme de couleurs en adéquation avec l’esprit du personnage, un cadrage digne des films de Steven Spielberg, ainsi que des effets spéciaux qui n’envient rien aux plus gros blockbusters Hollywoodiens. Les histoires racontées par le monstre et faites en aquarelle sont absolument sublimes, apportant une touche colorée à la narration.

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Le casting du film cinq étoiles apporte à ce récit déjà poignant une profondeur telle que le spectateur se plonge dans ces relations, faisant de lui un « dieu » sur le plan du récit avec le monstre. Felicity Jones est convaincante dans son rôle de mère malade, Sigourney Weaver parfaite dans son personnage intransigeant de grand-mère, Liam Neeson fidèle à lui-même dans le rôle du monstre grâce à sa voix grave. Mais la révélation du film revient à Lewis MacDougall qui transcende le film, nous offrant une large gamme d’émotions.

Quant aux musiques symphoniques composées par Fernando Velasquez, celles-ci s’intègrent parfaitement aux visuels de l’œuvre sans jamais être trop en avant. Un équilibre dosé avec précision.

Quelques Minutes Après Minuit aura peut-être du mal à trouver son public à cause d’une histoire qui ne touchera pas les enfants par son caractère trop mature, et peut-être pas non plus les adultes pour son univers fantastique en décalage avec notre monde. Cela n’en fait cependant pas un mauvais film. Avec une réalisation calibrée, des acteurs fabuleux, une histoire qui, pour peu qu’on s’y intéresse, nous transportera dans un récit initiatique triste et poignant. J.A Bayona prouve encore ses talents de metteur en scène avec ce film qui évoquera des faits très réalistes dans un univers imaginaire. À vous de voir si vous y adhérez. Mais nous, on aime.

8/10

 
 
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