Sea FogUn film réalisé par Shim Sung-bo. Avec Kim Yun-seok, Park Yu-chan et Han Ye-ri. Date de sortie : 1er avril 2015.

Quand le brouillard s’épaissit, les marins perdent la boule. La preuve avec cette histoire terrifiante adaptée d’un fait-divers survenu en 2001 puis d’une pièce écrite à l’occasion du trentième anniversaire de la compagnie théâtrale Yeonwoo Productions.
 

En 1988, suite à une panne, le capitaine Kang (Kim Yun-seok vu notamment dans les films de Na Hong-jinThe Chaser, The Murderer – et magistral en homme bourru et inquiétant) rentre de sa dernière pêche les filets vides. La crise économique battant alors son plein en Corée du Sud, l’Etat lui propose de racheter son navire, fièrement appelé le « Junjin » mais plus vraiment en état de faire son travail. Alors que sa vie de famille part à vau-l’eau, Mr Kang s’obstine et ne veut pas se séparer de son bateau et de son modeste équipage constituée d’une demi-douzaine de matelots. C’est ainsi qu’il en arrive à faire un pacte avec un officiel corrompu qui lui propose de transporter des clandestins de Chine en Corée du Sud. A priori, il suffit juste de faire profil bas pour ne pas éveiller les soupçons de la police maritime mais la réalité s’avère beaucoup plus cauchemardesque lorsque le brouillard s’intensifie sur la mer et tout autour du chalutier.
 

Sea Fog

Sea Fog est produit et co-scénarisé par Bong Joon-ho, réalisateur de films fameux tels que The Host, Mother ou encore le plus récent Snowpiercer, le transperceneige (excusez du peu !) et mis en scène par Shim Sung-bo. Il est amusant de constater qu’il y a onze ans, c’était ce dernier qui avait co-écrit le scénario du brillant Memories of the Murder de… Bong Joon-ho. Les rôles se sont donc inversés et, en visionnant Sea Fog, on se dit qu’il était peut-être temps à l’homme de passer aux choses sérieuses c’est-à-dire derrière la caméra. En effet, pour un premier film, Sea Fog ne manque ni d’envergure, ni de qualités. Le métrage, qui débute comme un drame social banalisé par la crise économique, tire une grande partie de son intérêt de son savoureux mélange des genres agissant auprès du spectateur comme autant de péripéties qui, renouvelant la trajectoire du récit, ne lui laissent pas le temps de souffler. On passe ainsi du thriller au film d’action, du film d’horreur à la romance, tout cela traversé par des éclats d’humour local, absurdes mais plaisants. La mécanique est parfaitement huilée et le tout prend place avec un naturel déconcertant, y compris l’accident qui plonge les protagonistes dans un cauchemar troublant et fascinant où les membres de l’équipage perdent peu à peu la tête, victimes du brouillard et de l’affrontement avec l’inconnu qui en découle. Derrière cette maestria des mélanges, se cache en effet tout un discours sur la nature intrinsèque de l’être humain qui, confronté à l’imprévu laisse surgir ses instincts les plus primaires. Constatation pessimiste, soit, mais qui, mené tambour battant comme un joyeux « bordel », s’avère finalement être un énorme jeu de massacre tendant à l’hystérie jouissive. Cette sorte de folie fait de Sea Fog un premier film très prometteur qui confirme, une fois de plus, la pleine forme dans laquelle baigne le cinéma sud-coréen.

 
Aux noms prestigieux de Park Chan-wook, Kim Jee-woon, Kim Ki-duk, Hong Sang-soo et Bong Joon-ho (entre autres), s’ajoute aujourd’hui celui de Shim Sung-bo qui, pour un premier métrage fait mouche avec talent et impertinence.

7/10

 

Christophe Hachez

http://planete-cine.com/wp-content/uploads/2016/04/sea-fog-1024x683.jpghttp://planete-cine.com/wp-content/uploads/2016/04/sea-fog-300x300.jpgCyril PerraudatCritiquesSea Fog
Un film réalisé par Shim Sung-bo. Avec Kim Yun-seok, Park Yu-chan et Han Ye-ri. Date de sortie : 1er avril 2015.Quand le brouillard s’épaissit, les marins perdent la boule. La preuve avec cette histoire terrifiante adaptée d’un fait-divers survenu en 2001 puis d’une pièce écrite à l’occasion du trentième anniversaire...
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